LOW COST ou LOCAL ? la fabrication française c’est bien plus qu’une origine

La Fédération France terre textile lance une campagne pour sensibiliser le consommateur à l’impact de ses achats. Avec l’accroche « LOWCOST ou LOCAL ? », elle illustre par des exemples concrets les engagements des entreprises agréées et milite pour une production textile française, garante de qualité et d’éthique.

La fabrication française, c’est bien + qu’une origine

Plus qu’une campagne de communication, France terre textile lance une campagne d’information sur les situations de travail courantes dans l’industrie textile. « Cette campagne a pour objectif d’éduquer le consommateur aux conséquences de ses actes d’achat » explique Paul DE MONTCLOS, Président de France terre textile. « Acheter un article textile, c’est déclencher concrètement toute une chaîne de conséquences qui dépassent le simple article que l’on achète ». « Low Cost ou Local » est un moyen de susciter la discussion avec les consommateurs mais aussi les élus, les donneurs d’ordre et les leaders d’opinion.

La vérité crue, assumée pour informer plus largement

« Le consommateur sait plus ou moins précisément que les conditions de travail dans certains pays ne sont pas très bonnes, que les salaires sont faibles, mais il ne mesure pas les différences gigantesques qui peuvent exister entre les conditions de travail ici et ailleurs dans le monde ! » analyse Paul DE MONTCLOS.

Dans un contexte où le consommateur demande plus de transparence sur les produits qu’il achète, France terre textile répond à sa demande par une campagne illustrée. A travers 5 situations courantes de travail dans la filière textile, il met en relief de manière dichotomique les situations dans des pays « low cost » versus en France. Pas besoin de décryptage, la juxtaposition des photos se suffit à elle-même. Elles sont choquantes de vérité mais issues de véritables situations de travail. Elles permettent de traduire une réalité concrète des différences de traitement au travail. Car même si des efforts ont été faits après l’effondrement du Rana Plazza en 2013, il reste encore un gouffre entre l’exemplarité des entreprises françaises, soumises à des normes exigeantes, et les pratiques des entreprises dans les pays low cost.

Donc pour mieux agir, le consommateur doit savoir ; savoir qu’acheter moins cher, ça un prix, le plus souvent humain.

Une campagne composée de 5 visuels

Le travail des enfants reste une réalité dans les pays en voie de développement

Selon l’OMC et l’Observatoire des Inégalités : « 150 millions d’enfants travaillent dans le monde alors que les normes internationales l’interdisent. 70 millions dans des conditions dangereuses. Une tendance à la diminution a été remarquée entre 2008 et 2016, nettement plus marquée entre 2008 et 2012, qu’entre 2012 et 2016. Un enfant sur dix reste concerné, soit une proportion de 13,8 %

En Asie et dans le Pacifique, la part des enfants qui travaillent illégalement est de 7,4 %. Avec 62 millions d’enfants concernés, cette grande région du monde représente 41 % des enfants qui travaillent illégalement dans le monde.

À la suite de la pression d’ONG, certaines entreprises se sont dotées d’une « charte éthique » ou d’autres codes de bonnes pratiques. Certaines de ces actions sont sincères, notamment la certification SA 8000, issue des conventions de l’OIT. Cependant, la multiplication de la sous-traitance empêche de contrôler efficacement les mécanismes de production et le respect de ces chartes.

En France, l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans. Avant cet âge, un enfant n’a pas le droit de travailler, même s’il existe quelques cas particuliers très strictement encadrés. C’est l’Inspection du travail qui est chargée de la surveillance du respect de ces dispositions. Le non-respect de ces règles par les parents ou par les entreprises entraîne de lourdes sanctions.

Les conditions de travail en France versus dans les pays « low cost »

C’est un fait, de nos jours, on peut trouver de bonnes usines en Chine. On peut y produire de manière éthique, comme le fait Patagonia par exemple. Cependant, aujourd’hui, on n’observe pas d’amélioration tangible dans le modèle de la fast fashion, ni même de l’industrie textile « low cost ». La réalité reste difficile pour la majorité des travailleurs dont le salaire minimum ne représente que 43% du salaire minimal vital pour garantir ses besoins fondamentaux et ceux de sa famille. Pour exemples, l’ouvrier chinois perçoit un salaire moyen de 26 € par jour, l’indonésien 8€, et le vietnamien 6€ par jour.

Alors que dire des conditions de travail, qui ne se sont pas vraiment améliorées : droit de négociation collective, heures de travail « raisonnables » (pouvant, au Bangladesh, aller jusqu’à 80h par semaine), contrats écrits…

En France, l’employeur est largement encadré par le Code du travail qui fixe les règles en matière de rémunération, d’heures supplémentaires mais également de protection envers ses salariés, quel que soit le type de contrat qui le lie (article L.230-2 du Code du Travail). Mais qu’en est-il dans les pays « low cost » ?

D’une manière générale, les conditions de travail et notamment la sécurité et l’hygiène ne sont pas aussi poussées qu’en France. La pénibilité, les risques liés aux tâches effectuées et l’environnement (le bruit, les substances chimiques) ne sont pas prises en considération par les employeurs et peu d’équipements de protection individuelle sont fournis aux ouvriers.

Le port des chaussures de sécurité

En France, le port de chaussures de sécurité est considéré comme primordial dans les unités de teinture car ces chaussures préviennent contre l’exposition à des liquides toxiques, irritants ou corrosifs. En Inde, la teinture de Jeans se fait encore manuellement, et pieds nus. La réglementation protégeant l’ouvrier, lorsqu’elle existe, est rarement appliquée.

Le port de gants de protection

En France, le code du travail estime indispensable de porter des gants de protection adaptés à la tâche effectuée et au produit manipulé lorsque la main entre en contact avec un tissu ou une substance potentiellement dangereuse. Au Pakistan, les colorants utilisés dans les ateliers de teintures sont responsables d’eczéma, urticaire, et d’asthme mais aucune loi ne contraint l’employeur à fournir à ses ouvriers des protections adaptées.

Le port de casques anti-bruit

Le bruit dans les tissages : avoisine les 90 dB.

En France, le code du travail impose le port d’une protection acoustique appropriée à partir de 85 dB. Au Pakistan, aucune règle n’impose à l’entreprise de fournir ou prévenir contre ce risque irréparable pour la santé.

Le textile, filière la + polluante au monde, vraiment ?

L’industrie du prêt-à-porter pollue l’eau des villages, les terres de cultures et détruit la santé et l’environnement des populations qui travaillent pour vêtir la population mondiale. La mode est, après le pétrole, l’industrie la plus polluante au monde. Les producteurs textiles français ne sont pas tout à fait d’accord avec cette affirmation…

Première étape d’un procédé de production textile : la culture des matières premières (voire leur extraction quand il s’agit de fibres telles que le polyester). La culture du coton consomme 25% des pesticides et 10% des engrais utilisés dans le monde. Le coton est gourmand en eau et nécessite, la plupart du temps, d’être irrigué. Il pousse dans des pays où l’eau manque déjà cruellement à la population. Il participe à la sécheresse de certaines zones géographiques.

Après la culture intervient la filature, procédé qui permet de créer des fils à partir de fibres. A l’autre bout du monde, les usines utilisent des agents chimiques de préparation pour lubrifier la fibre et ainsi faciliter le filage. En France, ces techniques ne sont plus utilisées.

Troisième étape de fabrication d’un article textile : le tissage (ou tricotage) consiste à entremêler les fils pour obtenir un voile, appelé communément « tissu ». Lors de cette étape, pour minimiser la casse des fils lorsqu’ils s’entrecroisent, les fils sont « encollés ». En France, les recettes d’encollage utilisent des matières naturelles telles que la fécule de pomme de terre (amidon) et non nocives pour la santé et l’environnement.

Quatrième étape, l’ennoblissement qui est composé des étapes de préparation du tissu (désencollage, blanchiment), de teinture ou impression et d’apprêts chimiques pour conférer aux tissus leurs propriétés (anti-fongiques, anti-feu…). En France, les substances chimiques utilisées sont drastiquement contrôlées par les directions régionales de l’environnement (DREAL) et par le règlement européen REACH qui interdisent l’utilisation de colorants contenant des métaux lourds, du chrome ou autres perturbateurs endocriniens. Chaque unité d’ennoblissement est tenue de traiter ses rejets aqueux dans une station d’épuration contrôlée tous les mois par des inspecteurs indépendants. A l’autre bout du monde, de telles dispositions n’existent pas.

Cinquième et dernière étape, la confection qui est constituée des étapes de coupe, assemblage et des éventuelles finitions (pose de strass, personnalisation par broderie…). En dehors de chutes de production qu’elle peut occasionner, cette étape n’est pas polluante

En imposant que + des 3/4 des opérations de production soient réalisées en France, le label France terre textile offre au consommateur la garantie de valeurs éthiques et écologiques induites par une fabrication française. Il peut donc devenir un véritable repère pour celui qui souhaite mettre en adéquation ses valeurs et ses achats.  

« Low Cost ou Local… chacun de vos achats renforce l’une ou l’autre de ces pratiques »

Cette campagne illustre le positionnement du label France terre textile : en imposant que + de 75% des opérations de production soient faites en France, il assure le respect de valeurs éthiques, sociales et environnementales inhérentes à la réglementation française.

En auditant toute la chaîne de production : filateurs, tisseurs, tricoteurs, ennoblisseurs, teinturiers et ateliers de confection, il garantit plus qu’une production française, il garantit une production socialement et environnementalement engagée de toute une filière. Paul DE MONTCLOS conclut : « Je pense que seule une prise de conscience collective, forte, permettra de soutenir le modèle économique de notre filière, basé sur une production locale et responsable. Nous formons nos collaborateurs pour 10-15-20 ans. C’est un investissement pour l’avenir, à nous de choisir quel avenir nous souhaitons façonner pour les générations futures. »

La mobilisation de toute une filière